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JUILLET 2017
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 Vu ou Revu (3)

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 3 Oct - 6:37



Premier film ambitieux sur les traumatismes de la grande guerre et qui fait le pari d’une certaine subtilité dans son propos. Antonin est un homme brisé psychologiquement qui répète inlassablement 5 prénoms et quelques gestes très précis, à longueur de journée. Autant d’indices à puzzle narratif que les flashbacks vont progressivement reconstituer, non sans certaine maladresse dans leur schématisme et le soulignement un peu grossier de certains symptômes.
Le thème du regard ouvre le film : celui des médecins et de la caméra sur les malades qui font l’objet de recherches, notamment par des stimuli reproduisant les grands scènes de leur passé, comme le sifflement annonçant l’assaut. Les hommes, passant de soldats à cobaye, restent des mystères sur l’impact d’une guerre de toute façon absurde, et dont les traces contaminent des corps pourtant sains.
Le film est une réussite dans sa photographie et son traitement du rythme : contemplatif, le personnage principal pose un regard intense à la fois sur les horreurs comme sur le quotidien, comme les cérémonies des soldats noirs ou la préparation des pigeons voyageurs, belle métaphore des messages envoyés vers son futur mutique. La musique, assez sobre elle aussi, a tout du même du mal à ne pas faire penser à celle de The Thin Red Line dont elle s’inspire un peu trop.
On pourra regretter le didactisme de certaines scènes et l’écriture des dialogues, bien trop littéraire, français, en somme… et la fin du film, sorte de remake un peu inutile d’Un long dimanche de fiançailles.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 4 Oct - 7:38



Bien des éléments de ce film devraient en faire un chef-d’œuvre, et font d’ailleurs qu’il est considéré comme tel par une large majorité. La poésie ambiante, le travail sur la lumière, la réflexion ambitieuse sur la représentation, le reflet et la mise en abyme, l’écriture à la fois symboliste, onirique et par instant frôlant le surréalisme.
Et Irène Jacob, solaire et indécente de beauté innocente.
Le récit est mené avec audace, par ellipses et amorces inexplorées par la suite, volontairement mystérieux, s’égarant pour apparemment mieux se retrouver par la suite. De nombreuses scènes solitaires donnent accès à l’univers fantasmatique ou onirique de Véronique, poétique mais non dénué de zones d’ombres comme la sexualité notamment, à travers l’apparition de l’exhibitionniste ou le faux témoignage qu’envisage la protagoniste.
Au cœur du film, la métaphore qui deviendra mise en abyme des marionnettes est une réussite, et propose un programme de lecture assez intéressant.
Il n’en demeure pas moins que le film frôle la préciosité dans sa photographie comme dans le caractère diaphane et préraphaélite de Véronique qui se dérobe à l’incarnation au fur et à mesure qu’elle avance dans son enquête. Nimbé d’une lumière trop étudiée, saturé de motifs trop soulignés, comme la vision à travers un verre déformant ou la présence insistante des miroirs, l’univers si millimétré dans lequel elle progresse (comme la lumière dans une rue qu’elle suit scrupuleusement) la maintient de force dans le statut de marionnette de son réalisateur.
C’est dans ses élans lyriques que Kieslowski convainc le moins : la musique, omniprésente, est tout de même assez proche de l’easy listening. Le principe des caméras suggestives qui s’inclinent pour signifier le malaise, voire qui chutent après des vertiges (la scène du concert) et pire encore qui nous donnent le point de vue du cercueil sur lequel on jette des pelletées de terre sont de réelles fautes de goût et achèvent l’intégration des dissonances dans une œuvre qui de toute façon semblait déjà trop artificielle pour réellement émouvoir.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Sam 5 Oct - 6:33



« It sounds like, well, just as though you're describing some form of super carrot.»

The Thing est le film étalon-mètre de l’épouvante fondée sur un principe fondamental : l’invisibilité. Sans moyens, il excite des trésors d’inventivité pour mettre en place une horreur omniprésente mais quasiment irreprésentable. Sur un film de 80 minutes, la quasi-totalité est dévolue à des discussions entre militaires et scientifiques progressivement bloqués dans une base au pôle nord. La découverte de l’objet volant est un exemple virtuose de ces idées : bloquée dans la glace, elle n’est visible que des hommes qui peu à peu se placent à sa circonférence et forment une ronde : choc, il s’agit d’un objet circulaire, et par conséquent d’une soucoupe volante que nous n’aurons jamais vue…
Le traitement réservé à la fameuse créature est similaire. Bloquée dans la glace, on n’aperçoit son visage que partiellement, à la 37è minute. Vivante et visible, à la 55è, pour une durée totale de présence n’excédant pas 10 minutes sur la totalité du film. Le reste du film est un huis-clos (couloirs oppressants, rupture d’électricité, portes barricadées… tout s’écrit pour les décennies à venir du film d’horreur) où, autre idée géniale, c’est le froid invisible qui est l’arme la plus destructrice de l’alien.
Certes, la parabole sur la guerre froide est lisible dans les préoccupations d’un récit sur l’arrivée mystérieuse et colonisatrice d’un autre monde. Le film s’achève sur la phrase solennelle :  « Watch the skies, everywhere! Keep looking. Keep watching the skies ! »
Mais les débats mettent clairement à mal l’autorité et donnent à l’œuvre une dimension clairement satirique. Tout d’abord par le commandement arrivant par intermittence via une radio défectueuse, toujours à côté de la plaque, en retard sur les informations et donnant à posteriori les mauvais conseils, occasionnant les sarcasmes du journalisme.(«So few people can boast that they've lost a flying saucer and a man from Mars -all in the same day! Wonder what they'd have done to Columbus if he'd discovered America, and then mislaid it »). Ensuite, le scientifique fanatique qui devient l’ennemi intérieur et propage l’invasion extraterrestre. Reste le bon sens du bon capitaine de base, son humanité se fondant avant tout sur l’humour : dans sa séduction de l’assistante (une relation très screwball, réparties et coups bas fusant en permanence). Le journaliste, lui aussi, à travers son regard rationnel et désireux de raconter plus tard tout ce qu’il voit, est la figure du spectateur face au film d’épouvante : séduit, cynique, affirmant crânement qu’il ne prend pas, et qui, au moment de prendre LA photo qui prouverait tout, s’évanouit.

Demain, Carpenter...
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Dim 6 Oct - 8:29



Quand Carpenter s’empare de ce récit, il a tout pour lui : la couleur, la technique, l’audace. Et il ne va pas s’en priver.
La première séquence, superbe, déroule l’excellent et minimaliste thème musical du film, et la chasse au chien dans une séquence anxiogène et énigmatique.
Le scénario semble reprendre précisément les choses là où on les aurait laissées si l’original avait mal fini. Tout, pour ainsi dire, commence par la fin : l’étranger ici est le norvégien, le premier autre qu’on ne comprend pas (au départ, on confond en permanence norvégiens et suédois), et on l’abat parce que sa tentative de protéger du réel intrus, à savoir le chien (qu’on accueillera avec bienveillance), est perçue comme une agression.
La visite de leur station, dévastée, est autant un constat d’horreur achevée qu’un programme pour l’heure et demie à venir. On arrive après la bataille, et toutes les erreurs qui ont été faites vont être reproduites.
Film malin, assumant totalement son genre, il va constamment osciller entre deux extrêmes, le grand guignol gore et la claustration phobique percluse d’économie de moyens. C’est plus ou moins réussi pour le premier, souvent brillant pour le second, qui prolonge et honore la première version dans son exploration d’un monde clos et labyrinthique. La société des hommes, contaminée par la chose et la paranoïa, se désagrège jusqu’à ce final en suspens, où le thème musical reprend ses droits.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Lun 7 Oct - 6:31



Petit film bien étrange, mélange entre La Forêt d’Emeraude et Take Shelter. On met un certain temps à s’accoutumer à l’atmosphère semi onirique qui lentement dérive vers le fantastique. Le récit qui s’achemine vers une apocalypse discrète oscille entre deux univers, celui des blancs colons d’Australie et la tribu des indigènes dont les rites et la tradition contamine progressivement l’image et le son : didgeridoo, manifestations climatiques étranges…
Certes, l’esthétique a un peu vieilli et certains passages sont un brin désuets (comme la découverte de la grotte tribale ou certains effets de lumière dans les rêves), mais le film reste une réussite en terme d’atmosphère angoissante et de plus en plus déstabilisante, dont la grande force est de ne pas passer par le grand spectacle ou l’effroi grand guignol.
L’essentiel n’est cependant pas là. Le récit prend réellement son sens dans la confrontation des civilisations : ce qui peut passer au départ pour de l’exotisme folklorique (les maquillages rituels, les pierres) chez les indigènes est progressivement substitué par une étude ethnologique des blancs : leur système judiciaire, leurs perruques, leur vision étriquée et protocolaire du réel. Le personnage de Chamberlain, messager malgré lui, pont entre deux peuples qui se cantonne dans leur colonialisme ou leur culte du secret, est plongé dans une solitude dévastatrice, durant de longues séquences sans paroles, où les eaux, silencieuses et progressives, engloutissement le réel.
A travers des allusions aussi diverses (et jamais didactiques) que l’urbanisation, la pollution, la morale ou le colonialisme, le film s’impose, sobrement pessimiste sur le sort de l’homme et sa responsabilité dans la fin d’un monde.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mar 8 Oct - 14:22



Le problème avec les films mythiques qui se posent comme des jalons dans l’histoire esthétique de leur genre, c’est qu’on ne peut plus les considérer comme des œuvres à l’égal des autres. On les regarde avec un œil d’historien, dans l’attente d’une confirmation : voilà, cette scène, on n’avait pas avant, ces plans, cet angle, ce traitement du thème, ce regard sur le monde.
Ce film est génial à bien des égards, et effectivement fondateur. Difficile de ne pas penser au disciple John Woo (car oui, comme bien des gens de ma génération, j’aurai finalement fait le chemin à l’envers, remontant tardivement à la source) dans les scènes de fusillades, tant par l’utilisation des ralentis que le découpage répétitif. Cette signature de Peckinpah est un régal, jubilatoire dans sa représentation de la violence, lyrique dans ses gradations qui terminent dans un carnage superbement orchestré, en ouverture et clôture du film. La brutalité de ses prises de vue est tout à fait audacieuse, jusqu’à l’excès de certains panoramiques ou de zoom trop rapides, censés souligner la violence de la découverte ou suivre le regard des protagonistes.
L’autre intérêt est aussi le pessimisme ambiant et le regard porté sur la nature humaine. Au discours mythologique habituel du western, Peckinpah oppose un monde vénal, cruel et sadique, peuplé de détrousseurs de cadavres, où mêmes les femmes et les enfants participent à la violence, symboliquement (le scorpion dans les fourmis rouges sur le générique de début) et finalement au sens propre du terme, en prenant les armes.
L’attention que porte le réalisateur aux populations est très intéressant : les regards d’enfants, les visages de femme, dans un premier temps au second plan, mais toujours invités à l’image, témoignent silencieusement d’une situation sociale désastreuse (la pauvreté, la prostitution), mais d’un sens du festif innée (les (trop) nombreuses fêtes locales et folkloriques). L’allégorie définitive que propose Pekinpah de cette population est frappante : un enfant tête le sein de sa mère, et l’élargissement du plan nous montre sa poitrine barrée d’une ceinture de cartouches.
Les personnages principaux, sans autre motif que le gain, offrent leur service au plus offrant sans aucun souci idéologique (et reprennent en cela le regard posé par Aldrich sur les siens dans Vera Cruz, quelque 15 ans plus tôt) Progressivement se dessine tout de même un certain sens de l’honneur et de la fratrie qui motive le baroud d’honneur final.
Cependant, le visionnage intégral du film, qui dure près de 2h30, n’est pas sans relâchement de l’attention. Trop long, d’un rythme assez inégal (trois scènes absolument splendides (l’attaque de la banque, du train, puis le carnage final), il multiplie assez inutilement les scènes de bande (l’ivresse, les fêtes, les fous-rires, les prostituées) et aurait demandé de sacrées coupes pour garder sa nervosité. On pourra dire que ces longueurs se justifient par le regard que veut poser Peckinpah sur le peuple, notamment dans le contexte révolutionnaire du Mexique, ce qu’il fait assez bien. Mais il n’était pas nécessaire de s’appesantir autant sur le temps morts, surtout après la première scène, où le film met près d’une heure à réellement reprendre son rythme.
La Horde Sauvage est effectivement un film majeur, mais ses morceaux de bravoure n’occultent pas en totalité ses défauts.
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Esther
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mar 8 Oct - 21:07

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 9 Oct - 7:22

@Esther a écrit:
et ça vaut quoi ?
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 9 Oct - 7:26



Les grands auteurs se reconnaissent à deux choses : la première, c’est qu’ils ont crée un univers qui leur est totalement propre, cohérent, novateur et qu’on retrouve avec plaisir au fil d’une carrière.
La deuxième, c’est la capacité à s’échapper de cet univers pour en explorer d’autres.
C’est clairement ce que fait Desplechin pour son nouvel opus, comme il l’avait fait avec Esther Kahn. A la France succède l’Amérique des années 40, et aux névroses spontanées et flamboyantes une étude clinique et posée, une analyse unique et intégrale.

Le film est un programme, adapté du livre du médecin lui-même qui restituait les sessions avec son patient. De ce point de vue, l’approche méthodique, voire didactique, est assumée, et contraint le récit à des échanges dans des milieux clos, une grande part de dialogues et peu d’écarts de tension. Ce n’est pas le propos ici, et les deux acteurs jouent à fond cette intériorité, celle de l’accoucheur un brin excentrique Amalric, et celle du géant blessé Del Toro. Leur duo, volontairement bancal, fonctionne à merveille et occasionne des échanges d’une grande intensité.
Un élément, néanmoins, étonne profondément, et ce dès la première séquence : la musique. Etonnamment conventionnelle, musique typique de film américain, elle souligne grossièrement les émotions du récit, sans aucune subtilité, et semble vraiment avoir été ajoutée par des producteurs insensibles au travail du réalisateur. Un véritable gâchis.
Mais le film prend aussi une part de son sens par les thèmes secondaires qu’il aborde. En toile de fond, toute une thématique de l’étrangeté, de la nation et de l’identité se dessine. Aucun des protagonistes n’est américain, et l’on parle toujours avec un accent, on bute sur les mots. Les deux protagonistes ont plusieurs noms, celui de leurs origines et celui d’un état civil réactualisé, en signe d’insertion. A ce titre, l’idylle du médecin avec sa compagne de passage, anglaise et sur le point de regagner Paris pour y retrouver son mari, est symptomatique. L’Amérique est ici le continent des exclus, et pas seulement des réfugiés. Car à la Shoah, évoquée rapidement pour le médecin juif, répond bien entendu le massacre des indiens, nation décapitée et qu’on étudie, en ethnologue, comme on le ferait d’une population ancestrale.
Dessiner l’individu citoyen comme réceptacle des bouleversements de l’histoire, portant dans sa chair la souffrance de générations entière est à la fois une réécriture de la tragédie et la possibilité de s’en délivrer par le biais de l’analyse, qui sut apporter sur elle un éclairage nouveau.
En découle un film étrangement apaisé pour Depléchin, assez mélancolique, austère et rigoureux, mais non dénué de cette puissante exploration de l’humain qu’il opère depuis ses débuts.

Anecdote :

Lors d’une scène, Amalric se met au piano et joue pendant dix secondes un air que j’ai reconnu, et qui m’a troublé pour un film censé se passer dans les années 40. J’ai passé une bonne partie de la suite du film à chercher d’où provenait cette mélodie, qui m’obsédait littéralement. J’ai fini par trouver. C’est Sting, le dernier morceau de Nothing Like The Sun, « The secret Marriage », qui est donc écrit sur la musique de l’autrichien Hanns Eisler, compositeur de ces années-là, et double de Devereux, à savoir un européen semi-juif réfugié aux Etats-Unis.

"C'était vraiment très intéressant."
(sur le ton de ce qui concluait ''Message à caractère informatif")
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 10 Oct - 8:59



La chair est triste, hélas, et j’ai vu tous les films
Le deuxième film de Dolan peut assez facilement être descendu. Il a les maladresses de ses audaces, une tendance à surligner certains effets qui peut s’avérer irritante : les filtres, les zooms brutaux, les mouvements de caméra trop explicites (la descente régulière vers les mains, le sac…). De la même façon, les citations permanentes du cinéphile juvénile peuvent confiner à la l’overdose : les ralentis de Won-Kar Wai, les couleurs d’Almodovar, la BO de Tarantino, les intrigues d’Honoré. Une séquence emblématique, celle de la danse en soirée sur The Knife, absolument sublime, est sacrément gâchée lorsque Dolan superpose des images de statue antique à son personnage pour souligner ce qu’on avait déjà compris, et qui se suffisait amplement.
C’est pourtant cette accumulation qui fait la force de son film. Décomplexé, de son époque, digestion de sa propre culture au profit d’un récit dont il sait qu’il est éculé, Dolan se promène et donne chair à ses pauvres petits personnages, arrivés trop tard dans l’histoire de l’humanité pour pouvoir prétendre à l’originalité. L’idée des témoignages sous forme d’interview qui ponctuent le film confirme cette lucidité : tout le monde se laisse prendre au piège de l’amour, et ces confessions désespérées s’épaississent au fil des occurrences, très bien écrites, contrepoints sobres et intenses au lyrisme du récit central.
Mais ce lyrisme serait dénué de toute se force s’il n’était mêlé à d’autres registres qui constellent la complexité des rapports amoureux et des comportements : souvent cruellement drôles, les personnages ne s’épargnent pas, entre eux ou vis-à-vis d’eux-mêmes, s’insultant (le génial « Conne ! » que se lance Marie face à un miroir), s’embourbant dans leurs stratégies vaines et transparentes, marivaudages 2.0 foireux et attendrissants.
Reste donc l’imaginaire : celui des personnages, risible, générateur de scenarii pathétiques, et celui du réalisateur, prolixe et bigarré, qui séduit. De même qu’on continuera de s’imaginer nos amours pour les magnifier, quitte à en décupler la souffrance, les artistes poursuivront leur exploration de cette superbe fragilité humaine.
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Esther
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 4:38

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Crazy Bear
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 6:22

@Esther a écrit:
cheers 

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 6:28

@Esther a écrit:
T'aimes bien les dollars de Verneuil, en ce moment !
Jamais vu ces films. En tout cas les castings donnent envie.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 6:33



A une séquence près, celle de l'enclave israélienne où la multitude et le chaos sont assez bien rendus, c'est d'un ennui profond, et sacrément humiliant pour Brad Pitt qu'on a connu plus exigeant en matière de lecture de scénario.
Travail, famille, patrie, on nous fait le full package thématique, la pseudo enquête vers la source du virus n'a AUCUN sens.
En prime la TOTALITÉ des situations de films d'épouvante :
- ah, zut, le mur était pas assez haut
- ah, zut, fallait pas faire du bruit et je shoote dans une canette
- ah, zut, je te dis que tu sais pas ce que c'est d'avoir une famille mais en fait tu savais, c'est juste qu'ils sont morts je me sens bête, c'est dur pour tout le monde en fait une invasion mondiale.
- ah, zut, les antidotes sont dans l'aile B infestée de zombies.
- ah, zut, je dois laisser ma famille pour sauver le monde alors que j'avais justement quitté l'ONU pour faire des pancakes à mes filles chaque petit déjeuner du restant de mes jours.
- ah, chouette, maintenant que j'ai la solution, je vais pouvoir faire un placement de produit avec la cannette de PEPSI qu'on avait peut-être pas assez vue tout à l'heure.
-ah chouette, l'endroit où se trouve notre sauveur est truffé de caméras. On va donc pouvoir commenter ce qui lui arrive, au cas où les bouffeurs de popcorn ne comprendraient pas. "Oh merde" ( = danger). "Oh mon Dieu" (= gros danger"). "Il a réussi !" (= il a réussi).
- ah chouette, maintenant que je sauve la planète, je vais m'offrir une séquence le Christ parmi les lépreux.
- et tant qu'on y est, j'annonce le deux à la fin, au cas où les bouffeurs de popcorn penseraient ne plus à avoir à cracher au bassinet.

Au moins, c'est drôle, même si ce n'était pas l'objectif.

Le navet a des vertus.
Un jour de maladie, forcé à rester à la maison, fiévreux, sans aucune volonté, il vous redonne envie de quitter votre canapé, de sortir au grand air et de stimuler vos neurones.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 7:59

@Nulladies a écrit:
@Esther a écrit:
T'aimes bien les dollars de Verneuil, en ce moment !
Jamais vu ces films. En tout cas les castings donnent envie.
Pur hasard. J'ai emprunté celui-ci à la médiathèque Lundi, parce que, justement, je ne l'avais jamais vu non plus.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 8:48

@Nulladies a écrit:
@Esther a écrit:
et ça vaut quoi ?
Bof
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Crazy Bear
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 11:51

@Esther a écrit:
@Nulladies a écrit:
T'aimes bien les dollars de Verneuil, en ce moment !
Jamais vu ces films. En tout cas les castings donnent envie.
Pur hasard. J'ai emprunté celui-ci à la médiathèque Lundi, parce que, justement, je ne l'avais jamais vu non plus.
vous plaisantez les gars, ou quoi ?

vous n'avez jamais vu ce film ???
J'ai du le voir un nombre incalculable de fois.
Certaines répliques sont savoureuses
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 11:58

@Crazy Bear a écrit:
@Esther a écrit:
@Nulladies a écrit:
T'aimes bien les dollars de Verneuil, en ce moment !
Jamais vu ces films. En tout cas les castings donnent envie.
Pur hasard. J'ai emprunté celui-ci à la médiathèque Lundi, parce que, justement, je ne l'avais jamais vu non plus.
vous plaisantez les gars, ou quoi ?

vous n'avez jamais vu ce film ???
J'ai du le voir un nombre incalculable de fois.
Certaines répliques sont savoureuses
+1, c'est quand même un classique avec Bebel et Ventura!

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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 12:34

@nyzwok a écrit:
@Crazy Bear a écrit:
vous plaisantez les gars, ou quoi ?

vous n'avez jamais vu ce film ???
J'ai du le voir un nombre incalculable de fois.
Certaines répliques sont savoureuses
+1, c'est quand même un classique avec Bebel et Ventura!

Je le confesse, je suis totalement ignare en classiques populaires français. J'ai dû voir un demi De Funes, un quart de Bourvil et un Fernandel. Belmondo, deux. Ventura, je cherche... Si, un.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 14:14

@Nulladies a écrit:
@nyzwok a écrit:
+1, c'est quand même un classique avec Bebel et Ventura!
Je le confesse, je suis totalement ignare en classiques populaires français. J'ai dû voir un demi De Funes, un quart de Bourvil et un Fernandel. Belmondo, deux. Ventura, je cherche... Si, un.
J'ose espérer que le Ventura, c'était les tontons flingueurs
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Esther
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 14:47

@nyzwok a écrit:
@Crazy Bear a écrit:
vous plaisantez les gars, ou quoi ?

vous n'avez jamais vu ce film ???
J'ai du le voir un nombre incalculable de fois.
Certaines répliques sont savoureuses
+1, c'est quand même un classique avec Bebel et Ventura!
En effet, un des rares classiques que je n'avais jamais vu. Ceci dit, les dialogues ont beau être fabuleux, je trouve l'ensemble un peu longuet.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 15:05

@davcom a écrit:
@Nulladies a écrit:
Je le confesse, je suis totalement ignare en classiques populaires français. J'ai dû voir un demi De Funes, un quart de Bourvil et un Fernandel. Belmondo, deux. Ventura, je cherche... Si, un.
J'ose espérer que le Ventura, c'était les tontons flingueurs
T'as tout bon.
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Crazy Bear
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 11 Oct - 15:31

@davcom a écrit:
@Nulladies a écrit:
Je le confesse, je suis totalement ignare en classiques populaires français. J'ai dû voir un demi De Funes, un quart de Bourvil et un Fernandel. Belmondo, deux. Ventura, je cherche... Si, un.
J'ose espérer que le Ventura, c'était les tontons flingueurs
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Sam 12 Oct - 9:15



Scorsese déboule sur la scène du nouvel Hollywood avec une énergie débordante. Baroque, hétéroclite, son film part dans toutes les directions. Dans un New York circonscrit au quartier italien, où la fête folklorique et catholique semble constante, dans une approche à la fois documentaire (pour les extérieurs) et surstylisée (pour les intérieurs), il fait le pari de la transcription d’un univers qui, sans réel récit jusqu’à ses trois quarts, aurait pourtant une intensité constante, en un paroxysme permanent. Dans un registre plus calme mais procédant des mêmes expérimentations d’éclatement du récit, De Niro a déjà tourné Greetings avec De Palma, quelques années plus tôt.
De la caméra à l’épaule aux ralentis musicalisés, des filtres colorés aux caméras fixés au visage pour suivre la bancalité d’une beuverie, tout le spectre visuel est exploré, formidable déclaration de liberté artistique et ode à la furie d’une jeunesse à la fois décomplexée et perdue.
Mean Streets est avant tout un film sur des enfants livrés à eux-mêmes. Arnaques à 20 $, fous-rires, défonce, provocation, bagarres et insultes, chemises repassées par maman… Mais avec les moyens de destruction des adultes.
Tout le film fonctionne sur cette technique du contrepoint : la musique, festive du folklore italien ou de la pop (les Ronettes, les Rolling Stones…) accompagne des scènes d’une grande violence, une scène de bagarre se ponctue de rire et de réconciliations, même la fuite finale, fortement dramatique, laisse ressurgir les plaisanteries et la camaraderie. Scorsese travaille à signifier l’instabilité du monde dans lequel évoluent ses personnages : la violence surgit souvent du second plan : l’agression à une table du fond au bar, où la brusque tentative de viol par un vétéran du Viêtnam… à n’importe quel moment, tout peut déraper. En ce sens, la relation qu’il établit entre Charlie (Keitel) et Johnny Boy (De Niro) est celle d’une impossible fusion. Entre un système , celui de Charlie, neveu de son oncle, qui voudrait faire fonctionner la rue comme l’Eglise dicte à ses ouailles leurs conduite, et Johnny Boy, tête cramée, poète anarchiste qui passe sa vie sur les toits, entre fuite et provocation, à tenter d’éteindre l’Empire State Building avec un calibre 38.
Tous les deux sont dans l’erreur, le second parce qu’il veut faire imploser un système tout en l’exploitant, empruntant à tout le monde, le premier parce qu’il croit pouvoir le couvrir et le sauver.
Ce pessimisme festif qui irradie chaque séquence fait du film un jalon fondamental dans l’histoire du cinéma. Entre l’esthétique documentaire et le formalisme le plus baroque, la tradition catholique et la jeunesse révoltée, Scorsese refuse de choisir, et pose les bases de son cinéma, qui, s’il s’apaisera quant à ce bouillonnement formel, ne cessera d’explorer cette thématique de la rédemption et de la violence.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Sam 12 Oct - 9:54

Ne ne vais quasi jamais au cinoch, mais pour une fois je ferai surement exception pour
 Les arbres, les forêts, le bois sont pour moi l'un des plus beau trésor de la vie. (d'ailleurs même mon alliance est en bois .)
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19537422&cfilm=209348.html

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