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JUILLET 2017
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 Vu ou Revu (3)

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ELSD
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Sam 21 Sep - 12:48

Merci Cortez
J'aime bien son concept
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Dim 22 Sep - 6:48



L’intrigue policière subit chez Antonioni un traitement assez similaire que chez Modiano ou auteurs du Nouveau Roman. Volontairement désincarnée, très formaliste, elle épure les passions pour prendre une dimension métaphysique et existentielle.
La question essentielle n’est pas tant de savoir dans quelles affaires louches trempait l’homme que remplace Nicholson après l’avoir trouvé mort, mais la raison pour laquelle il dédide de tout plaquer et de devenir cet autre.
Profession : reporter est un film sur le renversement : le champ / contre-champ est un motif récurrent. Lors de l’interview durant laquelle le sorcier retourne la caméra sur le reporter, par exemple. Ou de la réponse de Locke/Robertson aux questions de Maria Schneider, en voiture sur les origines de sa fuite : « Turn your back to the front seat » lui permettant de voir le décor avalé, les arbres défilant vers un point de fuite qui sans cesse se dérobe. Ce qu’il fuit est là : ce n’est rien, c’est tout.
Le travail de délitement du récit se met en place subtilement et déjoue les attentes policières et d’espionnage annoncées au départ. La quête n’est finalement qu’une fuite en avant, vers des décors de plus en plus arides, à savoir un retour symbolique vers le désert et la chambre d’hôtel initiale où l’on pourra mourir, probablement en paix, du moins avec la satisfaction d’avoir vécu.
Car le reporter ne pouvait plus rapporter les propos des autres et voulait trouver un sens, une croyance, peu importe laquelle. « He believed in something, that’s what you wanted, don’t you ? »
Cette précipitation volontaire dans le mystère et la confusion, dans le dessein fébrile d’enfin vibrer peut être comprise comme le manifeste d’Antonioni sur son programme esthétique de mise en scène.
On pourra d’autant plus regretter certains appuis verbaux un peu didactiques et programmatiques dans les échanges entre Schneider et Nicholson, notamment celui sur l’aveugle.
Toujours aussi attentif à l’architecture, (le personnage de Maria est d’ailleurs une étudiante en architecture) au cœur du film avec de longues virées en Espagne, chez Gaudi à Barcelone ou dans les blancheurs d’Almeria, le réalisateur soigne ses cadres et place ses personnages avec minutie au centre d’un paysage complexe, alternant les vides du désert et les lignes saturées de la ville. L’échappée de Locke par le funiculaire, un vol au-dessus de la mer, est un de ces instants suspendus que reproduira le majestueux plan séquence final de 7 minutes. D’une lenteur maniaque, il permet l’extraction de la chambre d’hôtel et des barreaux de la fenêtre pour une tournoyante virée externe permettant de regarder la mort en face. Le champ et contre champ désormais unifiés par un seul mouvement circulaire permettent une fusion virtuose et magistrale de la forme et du propos, la mort et la délivrance, la quête achevée, le regard libéré.
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Xav
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Dim 22 Sep - 13:57

Commencé cette série cette semaine :



Un type qui a été condamné pour le viol et le meurtre de sa petite amie, et à passé la moitié de sa vie dans le couloir de la mort, semble être innocenté par des preuves ADN, et réapprend à vivre en dehors du monde carcéral.

Ca risque d'être très bon, affaire à suivre ! Dans les séries sorties cette année, je vais essayer de regarder Orange Is The New Black et House Of Cards aussi, dont j'ai entendu beaucoup de bien.


Dernière édition par Xav le Dim 22 Sep - 14:11, édité 1 fois
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Dim 22 Sep - 14:02

@Xav a écrit:
Commencé cette cette semaine :



Un type qui a été condamné pour le viol et le meurtre de sa petite amie, et à passé la moitié de sa vie dans le couloir de la mort, semble être innocenté par des preuves ADN, et réapprend à vivre en dehors du monde carcéral.

Ca risque d'être très bon, affaire à suivre ! Dans les séries sorties cette année, je vais essayer de regarder Orange Is The New Black et House Of Cards aussi, dont j'ai entendu beaucoup de bien.
Pareil, ces trois séries me branchent bien. Je pense pas trop trouver le temps de les regarder, mais ce sont celles qui sortent du lot cette année.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Lun 23 Sep - 8:58



« La revanche du vide », c’est la conclusion que fait le protagoniste sur l’état d’une maison dans laquelle il vient loger pour la nuit avec sa compagne, avant qu’elle ne disparaisse, et au terme d’un voyage éprouvant dans la brume où il a déjà cru la perdre plusieurs fois.
Objet étrange et assez irritant, Identification d’une femme, d’une certaine façon le dernier long métrage d’Antonioni a cette autorité qui fait qu’on tente de se plier à lui. Oui, le cadrage est toujours aussi maitrisé, les découpages toujours aussi pensés et rien ne semble laissé au hasard. Chaque fenêtre, chaque encadrement de porte accompagne et magnifie les personnages errants, le plus souvent pour matérialiser leur incapacité à réellement fusionner avec l’autre.
Seulement voilà, là où la désincarnation, dans Blow Up ou Profession : Reporter avait un sens, là où le formalisme s’accompagnait d’un véritable propos, difficile de démêler ici l’inepte de l’existentiel, le mauvais gout du choix esthétique. Au swinging London et aux ocres de l’Espagne succède une esthétique des années 80 objectivement laide, que ce soit dans les choix musicaux (une souffrance) ou les bleutés nocturnes métalliques. La permissivité de l’époque occasionne aussi des scènes de sexe au mieux involontairement comiques, au pire vulgaires et indignes du maitre. Le récit lui-même semble une variation supplémentaire sur des thèmes déjà évoqués, le double (Profession : Reporter), la femme, (l’Avventura), la mise en abyme (Blow up et son rapport à l’image)… en beaucoup plus paresseux, et long.
On peut tout à fait croire à la sincérité du projet, et se perdre en analyses qui tendraient à réhabiliter tous les manquements de ce film. Il n’en demeure pas moins qu’on se trouve là face à une œuvre fatiguée et assez pénible à appréhender.
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Crazy Bear
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 6:20

et le film du jour de notre ami Nulladies est ......
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 6:22

Bien tenté, mais pas aujourd’hui, ni hier d'ailleurs.
Je regarde 1900 de Bertolucci, et il dure 5h24. Et le soir, je suis fatigué. Autant dire que je le regarde comme une série.
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Crazy Bear
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 6:36

sans toi, cette rubrique serait morte
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Powderbloom
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 9:17

Non, je vais au ciné demain.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 9:39

Pour voir quoi ?
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 9:42

J'ai en projet le prochain Woody Allen et éventuellement le Bercot.
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Powderbloom
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 25 Sep - 9:46

C'est pas que je sois spécialement motivé mais j'ai un billet ugc à utiliser avant la fin du mois...
Alors par élimination j'irai voir le dernier Woody.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 26 Sep - 7:03



Avant de voir 1900, j’étais curieux de voir comment le Bertolucci que je connais (Le dernier Tango à Paris, Dreamers) allait concilier son approche personnelle à la vaste fresque épique et historique de son sujet. Son film conjugue précisément les deux tendances de façon assez intrigante : académique et décalé, classique et symboliste ; en résulte un objet hybride tour à tour flamboyant, irritant, émouvant ou caricatural, mais toujours maitrisé formellement.
La première partie du film, sur l’enfance, est l’une des plus belles. La brutalité du monde des adultes, qui meurent un à un, s’accompagne de l’éveil de la jeunesse, entre danse et sexualité frémissante. Le monde paysan, chargé d’un bestiaire aussi imposant que les très nombreux figurants, se déploie dans un décor magnifié par une photographié sublime, en autant de tableaux d’une composition et d’une lumière impeccables. Monde grotesque, monde fracturé socialement, sur le modèle féodal, où les bouffons bossus courent derrière le Padrone des lieux, dans une course effrénée pour célébrer les naissances simultanées du dernier petit-fils de la lignée et du dernier bâtard des employés.
Les scènes de repas, de travail aux champs sont un hommage supplémentaire de Bertolucci à la peinture : on retrouve Bruegel, voire le réalisme socialiste dans un grand nombre de séquences.
Les protagonistes, lors de leur passage à l’âge adulte, vont rentrer dans un film de Bertolucci. Sexe cru, comportement énigmatique, violence et incommunicabilité, on aime ou pas ce traitement, mais il surprend un peu au sein d’un tel projet. La développement politique et la scission entre les extrêmes, communisme et fascisme, va lui occasionner un grand écart de choix narratifs et esthétiques. Le sublime, tout d’abord : la résistance à l’expropriation tri partite (les paysans, la garde, les propriétaires chassant le canard) le retour d’Olmo de la guerre face à sa mère, au bout de la courroie d’une machine agricole, symbole du progrès, la scène d’ouverture, reprise 5 heures plus tard, de la femme sur sa meule, véritable coryphée de la fin légendaire et mythologique de la guerre.
Le grossier, ensuite : le personnage d’Attila, méchant fasciste qui tue chaton, enfant et veuve, l’absence de recul sur le discours communiste et la naïveté de la représentation de l’enthousiasme débordant qu’il suscite.
Une possibilité de sauver ces excès serait de prendre le film pour ce qu’il devient de plus en plus, et qui relève de l’évidence sur sa longue scène finale : un opéra. Les scènes collectives sont clairement chorégraphiées et le réalisme, l’ambiguïté sont abandonnés au profit d’un schématisme et un chant très proche de la comédie musicale. C’est un choix intéressant, esthétiquement notamment, dans le mouvement des foules et le motif du drapeau rouge devenue gigantesque. En ce qui me concerne, ce traitement brise un peu l’identification et l’illusion narrative, imposant un recul dont je me serais volontiers passé pour m’immerger pleinement dans la destinée des personnages.
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Mr. Soul
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 26 Sep - 7:48

@Nulladies a écrit:
@Xav a écrit:
Commencé cette cette semaine :

Ca risque d'être très bon, affaire à suivre ! Dans les séries sorties cette année, je vais essayer de regarder Orange Is The New Black et House Of Cards aussi, dont j'ai entendu beaucoup de bien.
Pareil, ces trois séries me branchent bien. Je pense pas trop trouver le temps de les regarder, mais ce sont celles qui sortent du lot cette année.
House of Cards ma fille m'en a fait l'éloge. Pour elle la toute meilleure série actuellement.

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moonriver
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 26 Sep - 8:37

@Mr. Soul a écrit:
@Nulladies a écrit:
Pareil, ces trois séries me branchent bien. Je pense pas trop trouver le temps de les regarder, mais ce sont celles qui sortent du lot cette année.
House of Cards ma fille m'en a fait l'éloge. Pour elle la toute meilleure série actuellement.
J'ai commencé House of Cards, c'est top.

Et jeudi prochain, Borgen reprend sur Arte bounce bounce bounce 
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Powderbloom
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Jeu 26 Sep - 17:41


Un poil caricatural et léger mais admirablement lesté par les acteurs. Madame Blanchett en tête (elle est formidable en poufiasse rattrapée par le vide de son existence).
Au final c'est bien agréable .
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moonriver
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 27 Sep - 9:27

Un portrait de femme paumée et dépassée. Une scène d'une beauté incroyable où Deneuve est face à un vieux monsieur et attend la cigarette qu'il est en train de rouler pour elle. D'autres moments assez drôles. Bref, un très bon moment avec Deneuve (qui doit être dans quasi tous les plans) au sommet de son art.

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 27 Sep - 10:41

Bon ben voilà, c'est les deux films que j'aimerais voir en salles si je trouve le temps.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Ven 27 Sep - 10:43



Qualifier un film de virtuose est une facilité. Derrière ce que qualificatif se cachent tout le champ des possibles de l’éloge formaliste. En ce qui concerne Ophuls, le terme n’est pas galvaudé. On ne peut qu’être ébloui par l’élan qui traverse tout son film (et qui impressionnait déjà dans Le Plaisir) d’autant plus intéressant qu’il s’accompagne d’une réflexion très poussée sur son sens et le propos qu’il véhicule.
Le mouvement continu, issu de superbes plans-séquence et de panoramiques constants, dit avant tout la frivolité et la protagoniste, aristocrate insouciante et dépensant sans compter, en coquetterie comme flirts. De nombreuses scènes de bal, enjouées et enivrantes, illustrent à merveille une vie de douce et insouciante débauche, brillante et baroque. Les transitions entre les scènes, très visuelles, sont une véritable orfèvrerie : les rideaux qu’on ferme (cette séquence extraordinaire de l’aveu amoureux par le comte filmée de l’extérieur, durant laquelle il clôt une à une les fenêtres, écho inversé de notre voyeurisme dans la non moins splendide ouverture de La Maison Tellier dans Le Plaisir…), la harpe qu’on enveloppe de son étui pour fondre au noir, ou la lettre passant de son rédacteur à sa lectrice avant de finir, déchirée, comme autant de flocons de neige à l’extérieur du train.
A ces mouvances s’ajoute une donnée de taille, la structure du récit, extrêmement élaborée et littéraire. Le motif du va-et-vient, entièrement cristallisé autour des fameuses boucles d’oreilles qu’on va vendre et acheter cinq fois, détermine toute la progression de l’intrigue. A de nombreuses reprises, l’hésitation et le retour vers le point de départ sont soulignés, que ce soit avant d’ouvrir un tiroir, dans les ordres donnés au fils du joaillier, de Nounou… Tout, dans ce film, est pensé et maitrisé, rattaché au sens général, à savoir une fuite vers l’avant pour laquelle on croit toujours, à tort, qu’un retour en arrière sera toujours envisageable.
Car le véritable enjeu du film dépasse l’ivresse de sa forme initiale. Progressivement, les transactions autour des boucles d’oreilles se parent d’une épaisseur insoupçonnée. Le clinquant fait place à l’émotion véritable, et le fétichisme succède au plaisir vain de la richesse, jusqu'à considérer comme reliques d’un véritable amour ces bijoux, sur l’autel d’une vierge qui pourrait conférer la grâce à la coquette, qui affirme : « La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue ». Le film suit l’éveil à l’humanité et la fragilité d’une femme qui commence par dire, pour s’en convaincre « Je ne vous aime pas », répété à l’envi pour conjurer une fatalité dont personne n’est dupe. Les personnages, tous d’une complexité vraiment inédite dans un film commençant comme un vaudeville et pouvant virer vers le mélodrame, génèrent une fascination comme seuls les grands romans semblent capables. Le général et son besoin de la possession (en achetant quatre fois les bijoux, par l’humiliation qu’il fait subir à sa femme), le comte par son endurance dans sa conquête, puis sa dignité et son renoncement, et Madame de…, enfin qui finit comme une héroïne tragique quand tout la destinait à finir ses jours dans une frivolité anesthésiante.
Plus il devient intense, moins le film montre. L’amour véritable, apogée du récit, est symbolisé par un bijou qui en signifiait initialement l’inverse ; la mort qui l’achève est un sommet de retenue et de pudeur, et atteint ici les sphères les plus intenses de l’analyse psychologique auxquelles nous ont déjà initiés de grandes héroïnes comme la princesse de Clèves.
Baroque et classique, donc. Un tour de force mémorable et d’une rare modernité.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Sam 28 Sep - 8:30



Certaines restaurations sont plus attendues que d’autres. Il aura fallu plus de 50 ans pour voir ce film dans une version totalement fidèle à celle voulue par son auteur : montage, langues étrangères, coupes, la copie précédente était mutilée.
On comprend mieux, au visionnage, l’audace du film pour son époque et son auteur. Le passage à la couleur ne se fait pas en douceur, elle explose de toutes parts, dans une ouverture grandiloquente et baroque où l’on présente, dans un cirque, le personnage principal et sa destinée sous forme de spectacle. Cette idée qui structure le film est superbe : de longues transitions, toutes plus inventives les unes que les autres, symbolisent le numéro d’équilibriste de Lola, sa conquête des cœurs et des villes européennes dans une circularité d’une grande maitrise. La réflexion qui s’en dégage sur le monde du spectacle, sur le concept même de scandale, est fascinante et particulièrement pessimiste. Jusqu’au bout, final d’une grande violence muette, Lola reste la courtisane, la cible des voyeuristes, la prostituée de luxe d’un monde éperdu de divertissement.
La caméra d’Ophuls est toujours aussi fluide : plan-séquences, panoramiques, nombreux jeux sur les déplacements notamment sur les différents niveaux de galeries à l’Opéra, ou dans le carrosse, véritable résidence de Lola. Sa trajectoire, qui fend la foule, est suivie avec minutie : lorsqu’elle rend le cadeau du mari chef d’orchestre à sa femme légitime, lorsqu’elle traverse le défilé pour rencontrer Louis de Bavière.
Mais ce formalisme baroque se double d’un traitement très intelligent de l’image. Chaque amant a une seule ambition, l’arrêter. La belle idée du roi, à savoir de faire faire le portrait de Lola par le peintre le plus lent de son académie pour la faire rester auprès de lui, symbolise l’action des hommes à son égard, qui finissent par l’emporter en payant un dollar pour la voir en cage.
Le film dans sa version intégrale, soit près de deux heures, fait néanmoins preuve de lourdeurs, l’alternance entre les séquences du cirque et les flash-back par instants assez académiques occasionne un mélange des genres certes audacieux, mais qui peut aussi irriter.
A de nombreuses reprises, lors de dialogues entre Lola et ses prétendants, un élément barre le champ : colonne, lampe, ou une corde suspendue qui ne parvient pas à se stabiliser. Signes ostentatoires de son inaccessibilité, mais éléments simultanément tragique, car ils préfigurent les barreaux, statiques, de la cage de la ménagerie dans laquelle elle finira son spectacle. Le principal sujet du film reste ce mystère impénétrable qu’est Lola, de plus en plus marmoréenne à mesure que le temps passe : figée, blasée, sans illusions et revenue de tout, elle nous contemple d’en haut, spectateurs voyeurs, admiratifs et complices, dans l’attente de sa chute du haut du chapiteau qu’on souhaite et qu’on redoute lui être fatale.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Dim 29 Sep - 7:32



Petit bijou RKO, film noir au budget limité (pas de tête d’affiche, 13 jours de tournage !) magnifié par une mise en scène inventive.
La majorité du film se passe dans un train, et l’on pense bien entendu à Une femme disparaît de Hitchcock : même univers clos et pourtant mobile, mêmes poursuites encombrées et étroites.
Sur un canevas de film noir on ne peut plus classique, Fleischer greffe de nombreuses innovations : caméra à l’épaule pour les scènes de bagarre (où la caméra se prend une chaussure…), très belle scène d’escalier où les perles du collier de la femme tombent jusqu’aux chaussures du tueur qui l’attend un étage en dessous, cordes à linge qui obstruent la vue…
Dans le train, l’univers confiné est exploité dans ses moindres recoins. Le thème de la double femme, brune et blonde, cher à Hitch puis De Palma, vient ajouter une saveur nouvelle à l’intrigue. Changements d’identité et rebondissements s’enchainent dans un thriller de haute volée, nerveux et resserré (le film ne dure que 71 minutes).
Dernier gage de qualité cinématographique, le traitement réservé au cadrage et aux reflets. Très construit, le film joue sur les perspectives des couloirs et le confinement des compartiments, et accorde une place croissante à l’extérieur du train : le motif de la voiture qui roule parallèlement au train sur toute la fin du film contribue grandement à la tension grandissante, sans cesse observée par transparence par les protagonistes. Point d’orgue, la ruse du flic qui observe dans le train parallèle le reflet de ce qui se passe dans le compartiment à côté de lui pour pouvoir tuer le gangster sans abimer sa belle et blonde otage.
A vivement recommander à quiconque voudrait comprendre le charme des films noirs d’après-guerre.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Lun 30 Sep - 6:33



Woody Allen, j’y vais de toute façon chaque année ; une petite fidélité fétichiste, une façon de retrouver l’homme qu’on a aimé, en dépit d’un manque certain d’inspiration depuis quelques décennies à de rares exceptions près (Match Point, par exemple, ou Anything Else, vraiment drôle).
C’est souvent irritant, la déception est presque constante, mais c’est comme l’oncle de la famille, on a de l’indulgence, et c’est pas comme si on avait le choix, en fait, il est là de toute façon aux réunions annuelles et on garde une grande tendresse pour les souvenirs d’enfance où il tient une place particulière.
Alors voilà, pas besoin de me survendre sa dernière production.
Oui, Cate Blanchett est sublime, d’accord, même si l’inscription par son agent sur le scénario en rouge « AVEC ÇA COCOTTE L’OSCAR EST IN THE POCKET » clignote un peu trop dans certaines scènes. Chez les américains, on est obligé de boire un verre toutes les 8 minutes, prendre un cachet toutes les 12 et parler toute seule toutes les 20 pour être en lice. Ça peut devenir pénible.
Certes, la narration est un peu habile, structurée en flashbacks permettant progressivement de reconstituer le passé de Jasmine ; mais c’est la moindre des choses qu’on puisse demander à une pointure comme Allen, d’autant que la pseudo révélation de la fin n’est pas non plus une nécessité.
L’ensemble du film est d’un didactisme franchement pénible sur la dichotomie riche (superficiels même si raffinés) / pauvres (sincères même si lourdauds). Tout est redoublé, tout est souligné (par pitié, combien de fois entend-on dire à Jasmine que son mari, lui avait l’argent des autres parce que c’était un escroc ?!) et surtout, peu d’éléments sont intéresants. Woody Allen nous fait le coup des classes laborieuses de San Francisco (bel appart au demeurant que celui de la caissière, hum) mais ne peut s’empêcher, comme toujours, de nous inonder de scènes entre riches new-yorkais et ascension chez ceux de SF. On ne se refait pas.
Alors pour la « comédie qui devient grinçante », on repassera. Sans réel intérêt, presque aussi insipide que les précédents opus, (à ceci près que la tentative du « sérieux » occasionne de belles scènes pour l’actrice principale), tonton ne s’est pas vraiment refait une santé. C’est pas grave, on le reverra l’année prochaine.
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mar 1 Oct - 6:57



Il est assez aisé de faire des reproches à Zabriskie Point. Simplicité du propos, dénonciation facile, idéalisme naïf… à ceci près que le film date de 1969. Deux ans après Blow Up, qui a déjà fait sensation dans sa représentation d’un swinging London libertaire, Antonioni va plus loin encore dans l’audace, tant idéologique que représentative. L’assemblée générale qui ouvre le film, et dont la compagne d’un black panther dirige les débats, est programmatique : on parle, beaucoup, on écoute surtout, le regard dans le vague, une lueur de colère dans les yeux, mais du doute la noyant. "I'm willing to die, but... not of boredom.", dit le personnage principal avant de quitter la salle.
S’en suivra sera l’échappée du discours. Fuyant une ville saturée d’affiches, de slogans et d’enseignes, la voiture de Daria et l’avion volé de Mark vont converger dans une superbe scène, sorte de relecture de vieil Hollywood de North by northwest, version East Coast, parade amoureuse entre les airs et la route au sein de la vallée de la mort.
Le trip commence alors, dans un silence fusionnel où l’on dévale les pentes pour fusionner avec la poussière et les corps dans une orgie tellurique d’une beauté plastique imparable.
Temps suspendu, coït cosmique, musique psychédélique. Tout un programme qui fonctionne un temps seulement, justement. Le réel rattrape les amants : l’avion ré-atterrit, la secrétaire retrouve son patron et les discussions des prometteurs sur la division et la colonisation capitaliste de l’espace peuvent reprendre dans une villa hallucinante, victoire de l’homme sur l’aridité de la nature par la création d’un oasis architectural au milieu du désert. Antonioni n’est pas si naïf que cela. La grande part d’idéalisme des protagonistes est celle de l’utopie, le lieu de nulle part admirablement figuré par la Death Valley. Le rêve est voué à l’échec, et ne reste à la demoiselle esseulée que le fantasme adolescent de faire exploser le décor par la pensée, en réponse à l’explosion en plein vol de ses idéaux. Ce final, point d’orgue du film, séquence répétée à l’infini, maitrise du temps unique (comme l’orgie, répétition par les couples alentours de la triste univocité de l’orgasme des protagonistes) en dit long sur l’ambivalence du regard du cinéaste. Ce qui lui échappe idéologiquement, cette impossibilité de changer la société, il l’équilibre par le contrôle plastique et visuel du réel, atomisant sur la musique de Pink Floyd tous les objets du consommateur quotidien, jusqu’aux livres, dans un ralenti baroque et jubilatoire.
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moonriver
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mar 1 Oct - 9:53



Un biopic très classique dans la forme, qui manque un peu de personnalité (j'aurai aimé voir un peu plus Soderbergh)
Cela dit, on suit avec intérêt l'histoire de ce garçon qui tombe entre les griffes de ce pianiste-star (dont j'ignorais jusqu'à l'existence). Une relation père-fils/dominant-dominé bien tordue, et des rapports inversés entre la relation sexuelle (Damon est actif et Douglas passif) et la vie de tous les jours (Damon est passif et Douglas actif).
Et des moments terriblement kitschs!
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Vu ou Revu (3)   Mer 2 Oct - 6:50



L’Avventura n’est pas un film facile. Par sa longueur, près de 2h30, par son récit, volontairement déceptif, par son propos enfin, gangrené de silences et de décrochages.
Marivaudages vains de riches oisifs, il a tout pour irriter. La disparition de l’une permet de glisser une béance dans ce monde polissé qui s’en remet étrangement, accentuant son absence de sens des réalités, et remettant en marche la valse des séductions, toutes plus opaques et blasées. Le désir de vivre un sentiment réel agite cependant véritablement les protagonistes qui promènent dans une Italie magnifiée leur quête aussi galvaudée que sincère. Anna reste une disparue. « S’ils la retrouvent, elle sera morte », affirme celle qui va la remplacer dans le lit de Sandro : mieux vaut qu’elle ne soit pas morte, comme eux tous, dans une survivance étrange et indicible.
Car, comme souvent chez Antonioni, la mise en scène intervient là où les échanges et les regards perdus se brisent. D’une puissante densité, elle structure chaque plan, chaque décor, surtout. Le film se divise en deux lieux génériques, qu’on retrouve dans le découpage millimétré de l’ultime plan, divisant en deux parties le décor, la montagne et le mur : la nature infinie contre l’architecture encadrante. Après une introduction urbaine, l’île  ouvre le film, splendide et angoissante, lieu de la perte, (« Les îles me dépriment, tout cette eau autour ! » affirme l’une des plaisancières) où les rochers roulent dans les flots qui s’y fracassent dans un bruit sourd. La seconde partie va reproduire ce que l’introduction annonçait déjà comme une rivalité entre la blonde, qui reste dans l’encadrement de la porte de l’hôtel, et la brune qui y fait l’amour avec son prochain amant. L’architecture est sans cesse exploitée, participant à la composition des plans, d’une maîtrise époustouflante. La symétrie, les lignes de fuite, la profondeur de champ sont d’une densité rare. Certaines séquences mémorables en témoignent, comme le jeu avec les cordes attachées aux cloches ou les regards que focalise Monica Vitti lorsqu’elle passe dans la rue, défilant devant un parterre de passants statufiés par leur contemplation.
Sandro explique en partie cette opposition entre décor naturel et architecture, dont la ruine est d’ailleurs le plus beau témoignage : « Autrefois, les choses belles duraient des siècles. Aujourd’hui elles durent  vingt ou trente ans ». Car c’est bien de la beauté qu’il s’agit, comme toujours chez Antonioni.
Une beauté qui sauve la vanité, qui rachète l’ennui (très belles scènes où Monica Vitti griffonne un magazine, grimace face au miroir…), qui permet au triste monde des hommes de prendre sens et de s’immortaliser.
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